En construction

Assurément un vaste et perpétuel chantier…un atelier dans lequel je jette mes agitations et perplexités du moment…un laboratoire dans lequel je convie mes chanteurs pour des mois et des mois d’expériences pour lesquelles ils sont à la fois les laborantins espiègles, les acteurs enthousiastes, les chanteurs rusés et les témoins clairvoyants. 

 

Avec La Nuit dévoilée, j’avais expérimenté une nouvelle dimension en imposant collectivement à la troupe un cahier des charges contraignant mais foisonnant : bannir les applaudissements, ériger de grandes arches dramatiques, fusionner les répertoires, dissoudre les clivages esthétiques, interpeller la forme classique du concert, convoquer le corps du chanteur, inviter la scénographie, sculpter la lumière, épouser les architectures, inventer un théâtre choral. Tout est, et reste ici, expérimental mais en évolution constante, en vif éveil, portée par une troupe de 45 chanteurs à la palpitation nourricière, parfois carnassière. 

 

Après plus de 75 représentations de La Nuit dévoilée données en des lieux aussi divers qu’une grange isolée en plein Bas-Berry ou l’Opéra de Beijing, l’identité Mikrokosmos ne cesse de s’affirmer tout en se rapprochant étroitement des expériences fécondes des troupes de théâtre. Des collectifs qui continuent aujourd’hui de nous nourrir quotidiennement. Du Théâtre du Soleil aux écrits de Mathias Langhoff, des insolences de Thomas Ostermeier à l’héritage flamboyant de Patrice Chéreau, sans oublier le désastre mis en scène par Roméo Castellucci, le monde du théâtre ne cesse de s’interroger lorsque le monde classique semble quant à lui se perdre en images obsolètes et se noyer dans une orgie de mets ordinaires. 

 

Tout comme La Nuit dévoilée, Jumala n’est que somme de réflexions sur la nuit et ses ombres tutélaires. Et déjà un diptyque avant un triptyque annoncé pour les 30 ans de Mikrokosmos. Une aventure inédite pour la troupe de chanteurs avec 48 pièces à dompter et polir sans cesse, une scénographie évolutive et un nouveau travail sur le théâtre au service de la grande arche rêvée.


 

 

 

JUMALA

2ème volet de L’origine du monde, grand triptyque choral

Après la pénombre de La Nuit dévoilée, Jumala convoque une autre lumière, plus théâtrale et baroque, une lumière rare au service exclusif des visages des chanteurs. Et pour trouer et faire vibrer en sourdine une obscurité que nous souhaitons enfin totale, quelques lanternes seulement, portées et déplacées par la troupe. Goya, Grünenwald, De la Tour, Füssli, les peintres de la nuit seront vivement conviés à cette fête des ombres, mais l’histoire de la lumière au théâtre se dessine aussi en filigrane avec l'évocation des baraques foraines, des lampions, des rituels japonais sans oublier la servante, cette ampoule qui veille fidèlement sur le théâtre et ses fantômes une fois le spectacle achevé. 

 

Jumala est le Dieu de la mythologie scandinave toujours représenté par un chêne. Le tambour chinois placé au centre de la scène est ce chêne...la sève...la terre...la nature. Les hommes et les femmes, presque toujours en opposition symbolique dans Jumala ne sont que les fruits de cet arbre. Les lanternes portées par la troupe joueront leurs rôles de planètes, tout comme l’astre-tambour, tantôt Lune, Terre, Mercure. La célébration finale fait apparaitre Väinö, le dieu de la forêt, le gardien de la nature, " le chanteur aux runes sans âge" * . Le tambour orgiaque se fait alors souffle et colère, fête et tempête.

 

Enfin, le costume de scène sera aussi interrogé avec l’exclusion de la jolie robe et du beau costume qui valorisent poitrines arrogantes et physiques avantageux. Une autre forme sera empruntée aux tragédies grecques, un habit collégial qui gommera le masculin et le féminin pour offrir in fine au public une galerie de beaux visages caressés par les seules lanternes, un générique de regards porté par des voix sensuelles au service d’un répertoire inédit. Les Atrides s'invitent dès le premier tableau et dessine la dramaturgie de cette nuit profonde avec les portraits de Clytemnestre, Cassandre, Iphigénie ou Cassandre.

 

Jumala, La nuit dévoilée et Le jour m’étonne formeront bientôt un triptyque d’une grande force dramaturgique inédite à ce jour dans l’histoire du laboratoire d'art choral Mikrokosmos.

© 2015 by Mikrokosmos.  Créé par Brice Modard